L’Université comme levier de refondation institutionnelle : le pari stratégique du MAPPEF à l’UEH

Le lancement du Programme de Master en Analyse des Politiques Publiques dans le domaine de l’Économie et des Finances (MAPPEF) par l’Université d’État d’Haïti constitue un signal fort dans un contexte national marqué par l’affaiblissement des institutions, la crise de gouvernance et la raréfaction des ressources humaines qualifiées. En affirmant que ce programme n’est pas « un simple programme académique de plus », mais une « réponse institutionnelle à une urgence nationale », le Recteur Dieuseul Prédélus inscrit clairement l’action universitaire dans une perspective de responsabilité publique et de transformation structurelle de l’État. 

Dans un pays où les politiques publiques souffrent souvent d’un déficit de cohérence, de continuité et d’évaluation, la formation de cadres spécialisés en analyse des politiques publiques apparaît comme un impératif stratégique. Le MAPPEF, fruit d’un partenariat entre l’UEH et le Ministère de l’Économie et des Finances, traduit une volonté de rapprocher la production académique des besoins concrets de l’administration publique. Cette articulation entre savoir scientifique et action publique répond à une logique moderne de gouvernance fondée sur l’expertise, la rationalité décisionnelle et l’évaluation des impacts. 

Au-delà de sa dimension académique, ce programme illustre une conception renouvelée du rôle de l’université dans la société haïtienne. Loin d’être un simple espace de transmission de connaissances, l’UEH se positionne comme un acteur institutionnel engagé dans la reconstruction nationale. Cette orientation rejoint les analyses sociologiques qui considèrent l’université comme un moteur de capital humain, d’innovation sociale et de consolidation démocratique. Former des analystes capables d’éclairer les décisions publiques, c’est investir directement dans la qualité de l’action publique et dans la crédibilité de l’État. 

La structuration pédagogique du MAPPEF — combinant formation théorique, stages professionnels, mémoire de recherche et méthodes d’apprentissage actives — renforce sa pertinence et son adéquation avec les exigences contemporaines du marché du travail et des institutions publiques. En ciblant à la fois les diplômés universitaires et les fonctionnaires, le programme favorise également la professionnalisation de l’administration et la circulation des compétences au sein de l’appareil étatique. 

L’ouverture internationale du programme, à travers des partenariats académiques régionaux et internationaux, contribue à inscrire l’UEH dans des réseaux de production de savoirs et de bonnes pratiques, tout en renforçant la visibilité et la crédibilité de l’enseignement supérieur haïtien. Cette stratégie participe à la lutte contre l’isolement académique et offre des opportunités de mobilité intellectuelle, de recherche collaborative et de transfert de compétences. 

Depuis son accession au rectorat, Dieuseul Prédélus s’inscrit dans une dynamique de modernisation institutionnelle caractérisée par la multiplication des partenariats, la création de chaires spécialisées et la structuration de nouveaux programmes de haut niveau. Cette gouvernance proactive témoigne d’une volonté de repositionner l’UEH comme une institution centrale dans la refondation de l’État et la production de politiques publiques efficaces. Certes, les difficultés structurelles — contraintes budgétaires, insécurité, fragilité logistique — demeurent, mais l’université continue, malgré tout, à remplir sa mission fondamentale : former des cadres capables de contribuer au développement national. 

Dans un contexte de crise prolongée, où la tentation du découragement et de la fuite des cerveaux est forte, ce type d’initiative rappelle que la reconstruction d’Haïti passe aussi par l’investissement dans le savoir, la compétence et la rigueur institutionnelle. Saluer ce travail ne relève pas d’un simple élan de sympathie, mais d’une reconnaissance lucide de l’importance stratégique de l’université publique dans la construction d’un État plus efficace, plus responsable et plus souverain. 


Bouchico DUROSIER,

Mémorant en Sociologie à l'UEH/CHCL. 

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